Les terres agricoles canadiennes produisent depuis longtemps des rendements stables, semblables à ceux des actions, sans corrélation avec les hauts et les bas des autres actifs financiers. Les recherches de Bonnefield ont montré que les rendements à long terme des terres agricoles sont fortement corrélés à l'amélioration à long terme de la capacité productive des terres agricoles, et sont principalement fonction de celle-ci. En termes simples, à mesure que les rendements des cultures se sont améliorés au fil du temps et que les opérations agricoles sont devenues plus efficaces grâce à la consolidation et aux améliorations techniques, le « pouvoir de gain » des terres agricoles sous-jacentes elles-mêmes a augmenté, entraînant une augmentation à la fois de la valeur des terres agricoles et des loyers des terres agricoles.

Une analogie consiste à considérer les terres agricoles comme des actions dans une entreprise publique. Si la productivité d’une entreprise s’améliore, on pourrait s’attendre à ce que ses bénéfices s’améliorent et que le prix de ses actions augmente en conséquence. Mais si, dans le but d'améliorer la productivité et la rentabilité de l'entreprise, la direction s'endette trop ou affaiblit la liquidité financière de l'entreprise, alors sa rentabilité (et, par conséquent, le cours de l'action) est mise en danger.

Il en va de même pour les terres agricoles. Si le niveau d'endettement du secteur agricole devait augmenter au point que la liquidité financière des agriculteurs se détériore considérablement, les prix et les loyers des terres agricoles seraient potentiellement menacés. Ce fut le cas au début des années 1980, lorsqu'un boom de la dette a coïncidé avec une baisse des prix des cultures et une montée en flèche des taux d'intérêt, entraînant une rare période de baisse généralisée des prix des terres agricoles.

La question évidente est donc : Dans quelle mesure les agriculteurs canadiens sont-ils financièrement solides??  La plupart des agriculteurs s’endettent pour capitaliser leurs opérations. Sont-ils suffisamment liquides pour résister à une période de stagnation des prix des cultures et/ou de hausse des taux d’intérêt ? Sommes-nous potentiellement menacés par une crise agricole semblable à celle des années 1980 ?

La plus récente Enquête financière sur les fermes de Statistique Canada suggère que la nette majorité des agriculteurs canadiens sont en bonne santé financière.

Analyse récente de Financement agricole Canada a conclu qu'en 2015, 821 TP3T des producteurs de céréales et d'oléagineux du Canada avaient des ratios d'endettement inférieurs à 0,3. 77% de producteurs de légumes et 63% de producteurs de pommes de terre présentaient des niveaux d'endettement tout aussi faibles. Plus important encore, les agriculteurs canadiens semblent bien placés pour continuer à assurer le service de leur dette, comme l'indiquent les bons ratios du service de la dette (revenu net divisé par les paiements annuels du service de la dette). Plus des deux tiers de tous les producteurs de céréales, d'oléagineux, de légumes et de pommes de terre au Canada avaient ratios du service de la dette supérieur à 2,5, résultat de plusieurs années de fortes rentrées de fonds et de faibles taux d’intérêt.

Analyse de la FCC a également conclu que « la situation de liquidité globale de l’agriculture canadienne est solide ». Le ratio de liquidité moyen (actif à court terme divisé par le passif à court terme) de tous les agriculteurs canadiens était de 3,0 en 2015, le secteur des céréales et des oléagineux étant particulièrement solide à 3,6. Pour mettre les choses en perspective, FAC considère que la liquidité financière d'un agriculteur est adéquate si son ratio de liquidité générale est de 1,5 et que la plupart des agriculteurs canadiens ont des ratios de liquidités bien supérieurs à ces niveaux.

La bonne liquidité financière du secteur agricole canadien contraste avec celle des agriculteurs américains qui, selon FCC, ont connu une baisse de leur ratio de liquidité générale, passant de 2,87 en 2012 à 1,55 en 2016. Contrairement à leurs homologues américains, les agriculteurs canadiens ont été dans une certaine mesure protégés de la baisse des prix du maïs et du soja par un taux de change USD/CAD favorable et une combinaison plus diversifiée. des cultures (en particulier le canola et les légumineuses, dont les prix restent élevés).

En effet, Statistique Canada a publié fin novembre des chiffres montrant que les revenus agricoles canadiens (« recettes monétaires agricoles ») pour les 9 premiers mois de 2017 étaient en hausse de 3,31 TP3T par rapport à la même période en 2016.  Il s'agit de la septième année consécutive au cours de laquelle les agriculteurs canadiens connaissent une augmentation de leurs revenus d'une année à l'autre. De plus, les bénéfices agricoles canadiens, tels que mesurés par le revenu agricole net réalisé, ont augmenté de 4,21 TP3T en 2016, la 6e augmentation de ce type au cours des sept dernières années.

En fin de compte, nous sommes rassurés par la plus récente Enquête financière sur les fermes de Statistique Canada, qui montre que la nette majorité des agriculteurs canadiens, en particulier les producteurs de céréales, d'oléagineux, de pommes de terre et de légumes (les secteurs sur lesquels Bonnefield se concentre), sont en bonne santé financière.

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